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Taxes électricité professionnels : CSPE, TICFE et ARENH expliqués

• La CSPE , la TICFE et l' accise sur l'électricité désignent la même taxe, renommée au fil des réformes • Taux 2025 : de 22,50 à 33,70 €/MWh selon la puissance souscrite • Les électro-intensifs peuvent obtenir un taux réduit à 0,5 €/MWh via attestation • L' ARENH (42 €/MWh) prend fin en 2025, remplacé par le VNU en 20

CSPE, TICFE, accise : trois appellations pour une seule taxe, clarification comptable

Sur les factures d'électricité professionnelles, les DAF rencontrent indifféremment les termes « CSPE », « TICFE » ou « accise sur l'électricité ». Cette confusion terminologique est compréhensible : ces trois appellations désignent, en 2025, une seule et même taxe, dont le nom a évolué au gré des réformes fiscales. Comprendre les taxes électricité professionnels (CSPE, TICFE et ARENH) est indispensable pour maîtriser son budget énergie.

Historique : de la CSPE à l'accise sur l'électricité

La Contribution au Service Public de l'Électricité (CSPE) a été créée par la loi n° 2000-108 du 10 février 2000 et appliquée à partir de 2003. Elle finançait les surcoûts des énergies renouvelables, la cogénération, la péréquation tarifaire pour les zones non interconnectées (Corse, DOM-TOM) et les tarifs sociaux. Son montant a progressé de 3 €/MWh en 2003 à 19,5 €/MWh en 2015, soit +550 % en 12 ans. Les charges cumulées de service public de l'électricité ont atteint environ 30 milliards d'euros entre 2002 et 2013 [1].

En parallèle, la TICFE (Taxe Intérieure sur la Consommation Finale d'Électricité) existait comme taxe distincte, applicable uniquement aux gros consommateurs disposant d'une puissance supérieure à 250 kW [7].

En 2016, la CSPE a été fusionnée avec la TICFE : la CSPE disparaît en tant que taxe autonome et est absorbée dans la TICFE. Le terme « TICFE » est conservé [7][8].

Depuis le 1er janvier 2022, la loi de finances rebaptise la TICFE en « accise sur l'électricité » (ou « fraction d'accise perçue sur l'électricité »). L'assiette, le collecteur (désormais la DGFiP depuis le 1er janvier 2023) et le mécanisme restent identiques [3][6].

Pourquoi le terme « CSPE » persiste sur vos factures

Le terme CSPE subsiste dans le langage courant et sur certaines factures pour des raisons d'usage commercial. Les fournisseurs, courtiers et experts-comptables continuent de l'employer, notamment dans le contexte des démarches d'exonération ou de remboursement [8]. Il convient toutefois de distinguer deux acceptions :

  • CSPE au sens fiscal : l'accise sur l'électricité (ex-TICFE), taxe figurant sur la facture.
  • CSPE au sens budgétaire : les « charges de service public de l'énergie », c'est-à-dire les dépenses financées par le budget de l'État (soutien aux renouvelables, chèque énergie).

Sur la facture professionnelle, l'accise sur l'électricité doit apparaître de manière distincte, conformément au Code des impositions sur les biens et services (CIBS) [3][6].

Taux de la TICFE (accise) applicables aux professionnels en 2025 et 2026

La connaissance précise des taux en vigueur est essentielle pour le contrôle de facturation et la projection budgétaire. Les taxes électricité professionnels varient selon la puissance souscrite et la période considérée.

Taux 2024 (référence comparative)

À partir du 1er février 2024 (fin du bouclier tarifaire), les taux étaient les suivants :

  • Petites entreprises (tarif Bleu, ≤ 36 kVA) : 21 €/MWh
  • PME et grandes entreprises (tarifs Jaune et Vert, > 36 kVA) : 20,50 €/MWh

Taux 2025 : deux phases distinctes

Phase 1 (1er février au 31 juillet 2025) :

  • Profil Bleu C5 (≤ 36 kVA) : 33,70 €/MWh, soit +60 % par rapport à 2024
  • Profil Jaune C4 (36-250 kVA) : 26,23 €/MWh
  • Profil Vert C1-C3 (> 250 kVA) : 22,50 €/MWh

Phase 2 (à partir du 1er août 2025) : un ajustement à la baisse compense la hausse du taux de TVA sur l'acheminement (passage de 5,5 % à 20 % sur l'abonnement pour les ménages et assimilés) [6][8] :

  • Profil Bleu C5 (≤ 36 kVA) : 29,98 €/MWh (soit 30,85 €/MWh au 1er février 2026 avec indexation inflation)
  • Profils Jaune C4 et Vert C1-C3 (> 36 kVA) : 25,79 €/MWh (soit 26,58 €/MWh au 1er février 2026) [6]

Tableau synthétique des taux d'accise sur l'électricité

Profil d'entreprisePuissance souscriteTaux 2024Phase 1 2025 (fév.-juil.)Phase 2 2025 (août-janv. 2026)Taux au 1er fév. 2026
Petite entreprise (Bleu C5)≤ 36 kVA21,00 €/MWh33,70 €/MWh29,98 €/MWh30,85 €/MWh
PME (Jaune C4)36-250 kVA20,50 €/MWh26,23 €/MWh25,79 €/MWh26,58 €/MWh
Grande entreprise (Vert C1-C3)> 250 kVA20,50 €/MWh22,50 €/MWh25,79 €/MWh26,58 €/MWh

Base légale : loi de finances 2024 (art. 92), loi de finances 2025, article L.312-37 du CIBS. Instruction officielle : BOFiP ACTU-2024-00261 [2][3].

Évolution 2026

Les tarifs réduits à taux unique de 0,5 €/MWh (0,05 c€/kWh) ont pris fin au 31 décembre 2025. Depuis le 1er janvier 2026, les tarifs réduits s'échelonnent entre 0,5 et 12 €/MWh selon le cas d'usage déclaré dans l'attestation du consommateur [6]. La réforme simplifie également le dispositif pour les électro-intensifs.

Taux réduits et exonérations TICFE : comment en bénéficier concrètement

Les taux réduits d'accise sur l'électricité représentent un levier d'optimisation fiscale majeur pour les entreprises industrielles. L'enjeu financier est considérable : passer de 22,50 €/MWh (taux normal Phase 1 pour les grandes entreprises) à 0,5 €/MWh, c'est une économie de 22 000 € par GWh consommé.

Principaux taux réduits applicables

  • 0,5 €/MWh : entreprises électro-intensives (consommation ≥ 0,5 % du CA ou ≥ 0,222 kWh/€ de valeur ajoutée), hyper-électro-intensives (> 6 kWh/€ de VA, intensité concurrentielle > 25 %), transport ferroviaire, fluvial et aérien, procédés métallurgiques, chimiques ou électrolytiques, fabrication dont l'électricité représente > 50 % du coût du produit [2][4].
  • 7,5 €/MWh : aérodromes, certains niveaux d'électro-intensité intermédiaires.
  • 12 €/MWh : centres de données (data centers) consommant plus de 1 GWh par an.

Le BOFiP (ACTU-2024-00261) confirme qu'un niveau d'accise de 0,5 €/MWh peut être valablement sollicité pour la période du 1er février 2025 au 31 décembre 2025 [2].

Procédure d'attestation en 4 étapes

  1. Vérifier votre éligibilité : contrôlez votre code NAF, calculez votre ratio d'intensité énergétique (consommation d'électricité / chiffre d'affaires ou valeur ajoutée). Les tables de codification (codes E01 à E29) sont disponibles sur impots.gouv.fr [3].
  2. Constituer le dossier : téléchargez et remplissez l'attestation cerfa n° 16196 (formulaire 2040-TIC-ATT-E-SD) sur le portail de la DGFiP [3][4].
  3. Transmettre l'attestation au fournisseur : l'attestation reçue avant le 10 du mois M est prise en compte pour les livraisons de ce mois non encore facturées. Après le 10, elle s'applique au mois suivant [4][6]. Une copie doit être transmise au bureau de douane compétent [4].
  4. Conserver les justificatifs pendant 3 ans minimum : l'administration fiscale peut procéder à des contrôles a posteriori.

Point de vigilance : sans attestation transmise, le taux normal s'applique automatiquement. En cas de retard, le fournisseur n'est pas en mesure de procéder à un remboursement rétroactif : vous devrez contacter directement la DGFiP [6].

Mention comptable

L'accise sur l'électricité est une charge déductible du résultat fiscal de l'entreprise. Elle doit figurer distinctement sur la facture professionnelle et être soumise à la TVA au taux de 20 % [6][7]. En comptabilité analytique, il est recommandé de tracer séparément le montant de l'accise pour faciliter les contrôles et les demandes de taux réduit.

ARENH : le mécanisme de marché qui a structuré vos prix d'électricité pendant 14 ans, et sa fin en 2025

Contrairement à la CSPE/TICFE, l'ARENH n'est pas une taxe. C'est un mécanisme de régulation du marché qui a profondément influencé les offres des fournisseurs alternatifs pendant plus d'une décennie.

Définition et fonctionnement

L'Accès Régulé à l'Électricité Nucléaire Historique (ARENH) a été instauré par la loi NOME (n° 2010-1488 du 7 décembre 2010). Il permettait aux fournisseurs alternatifs d'acheter, à un prix administré, l'électricité produite par les centrales nucléaires historiques d'EDF mises en service avant le 8 décembre 2010 [1].

  • Volume maximal : 100 TWh/an, soit environ 25 % de la production du parc nucléaire historique [1].
  • Prix : fixé à 40 €/MWh au 1er juillet 2011, puis à 42 €/MWh depuis le 1er janvier 2012 [1].
  • Épisode 2022 : dans le cadre du bouclier tarifaire, le volume a été porté à 120 TWh et le prix relevé à 46,2 €/MWh. Cette mesure a représenté, selon le groupe EDF, un manque à gagner de 8,1 milliards d'euros [11].

Impact indirect sur les entreprises

L'ARENH ne s'appliquait pas directement aux clients finaux. Il bénéficiait aux fournisseurs alternatifs (Engie, TotalEnergies, Ekwateur, Octopus Energy, entre autres) qui répercutaient l'avantage tarifaire (42 €/MWh contre des prix de marché souvent supérieurs) dans leurs offres aux entreprises. Ce mécanisme a permis l'émergence d'offres compétitives par rapport aux tarifs réglementés d'EDF et a structuré la concurrence sur le marché de détail [1][5].

Fin de l'ARENH au 31 décembre 2025

Le dispositif a pris fin comme prévu à cette date. Depuis le 1er janvier 2026, les fournisseurs alternatifs s'approvisionnent entièrement sur le marché de gros, sans filet de sécurité à 42 €/MWh [1][5][12]. Les conséquences pour les achats d'énergie des entreprises sont significatives :

  • Risque de hausse des coûts si les prix de gros restent élevés.
  • Nécessité de sécuriser des contrats à terme (2-3 ans) pour stabiliser les prix [12].
  • Exposition accrue des entreprises électro-intensives à la volatilité du marché.

Le Versement Nucléaire Universel (VNU) : le nouveau cadre depuis janvier 2026

Le VNU remplace l'ARENH mais n'en est pas la simple prolongation. On passe d'une régulation ex ante (volume garanti à prix fixe) à une régulation ex post (redistribution conditionnelle des excédents) [12].

Principe du mécanisme

EDF vend désormais toute sa production nucléaire (historique et nouvelle) au prix du marché, sans limite de volume ni tarif fixe administré. Le VNU, introduit à l'article 17 de la loi de finances 2025, prévoit un prélèvement progressif par l'État sur les revenus nucléaires d'EDF lorsqu'ils dépassent certains seuils [5] :

  • Jusqu'au premier seuil (fourchette 65-85 €/MWh selon les estimations) : EDF conserve l'intégralité de ses revenus.
  • Au-delà du premier seuil : 50 % des excédents sont prélevés et redistribués aux consommateurs.
  • Au-delà du second seuil (estimé entre 100-120 €/MWh) : 90 % des excédents sont redistribués [5].

Les seuils exacts seront fixés par arrêté pour une période de 3 ans, sur la base des coûts complets de production nucléaire calculés par la CRE [5].

Qui en bénéficie ?

Tous les consommateurs : ménages, entreprises, collectivités, quel que soit leur fournisseur. Contrairement à l'ARENH qui ne bénéficiait qu'aux fournisseurs alternatifs, le VNU s'applique universellement. La redistribution se matérialisera par une réduction visible sur les factures, selon des modalités identiques quel que soit le fournisseur [5].

Impact comptable et budgétaire pour les DAF

La redistribution VNU, lorsqu'elle se déclenche, apparaîtra comme une réduction sur les factures. Elle devra être identifiée et tracée en comptabilité analytique. Cependant, si les prix de gros restent inférieurs au premier seuil, aucune redistribution n'intervient : les entreprises supportent le prix de marché sans le filet de sécurité historique à 42 €/MWh [5][12].

Recommandation pratique : intégrez le VNU dans vos prévisions budgétaires 2026-2028 en modélisant plusieurs scénarios de prix de gros. Privilégiez la sécurisation de contrats à terme et la diversification des sources d'approvisionnement. Les fournisseurs présents sur le marché (EDF, Engie, TotalEnergies, Ekwateur, Octopus Energy) proposent désormais des offres intégrant un approvisionnement 100 % marché, avec des formules à prix fixe sur 2 à 5 ans permettant de réduire l'exposition à la volatilité.

FAQ : taxes électricité professionnels

Quelle est la différence entre la CSPE et la TICFE sur ma facture d'électricité professionnelle ?

Il n'y a plus de différence : la CSPE a été fusionnée avec la TICFE en 2016, puis rebaptisée « accise sur l'électricité » en 2022 [6][7][8]. Si votre facture mentionne encore « CSPE », il s'agit d'un usage commercial désignant la même taxe. Le montant, l'assiette et le collecteur sont identiques.

Quels sont les taux de TICFE applicables à mon entreprise en 2025 selon ma puissance souscrite ?

Depuis le 1er août 2025 : 29,98 €/MWh pour les profils C5 (≤ 36 kVA), 25,79 €/MWh pour les profils C4 (36-250 kVA) et C1-C3 (> 250 kVA). Au 1er février 2026, ces taux passent respectivement à 30,85 €/MWh et 26,58 €/MWh avec l'indexation sur l'inflation [6].

Comment obtenir un taux réduit de TICFE pour mon entreprise industrielle ?

Vous devez remplir l'attestation cerfa n° 16196 (formulaire 2040-TIC-ATT-E-SD) disponible sur impots.gouv.fr, puis la transmettre à votre fournisseur avant le 10 du mois pour une prise en compte immédiate [3][4][6]. L'éligibilité dépend de votre activité (code NAF), de votre ratio d'intensité énergétique et du type de procédé utilisé. Les justificatifs doivent être conservés 3 ans.

La TICFE est-elle déductible fiscalement ?

Oui. L'accise sur l'électricité constitue une charge déductible du résultat fiscal de l'entreprise. Elle doit figurer distinctement sur la facture et est soumise à la TVA au taux de 20 % [6][7]. En comptabilité, elle s'enregistre comme une charge d'exploitation.

Qu'est-ce que le VNU et quel impact aura-t-il sur ma facture depuis janvier 2026 ?

Le Versement Nucléaire Universel (VNU) remplace l'ARENH. EDF vend sa production nucléaire au prix du marché. Si ses revenus dépassent certains seuils, une partie est redistribuée à tous les consommateurs via une réduction sur les factures [5]. Si les prix de gros restent bas, aucune redistribution n'est prévue. Il est donc recommandé de sécuriser des contrats à terme pour maîtriser votre budget énergie.

Conclusion

La fiscalité de l'électricité professionnelle a connu des transformations majeures ces dernières années : fusion CSPE-TICFE, rebaptisation en accise sur l'électricité, fin du bouclier tarifaire, hausse des taux en 2025, et surtout disparition de l'ARENH au profit du VNU. Pour un DAF ou un gérant, ces évolutions exigent une vigilance accrue sur trois plans : le contrôle des taux facturés (qui varient selon la puissance souscrite et la période), l'obtention des taux réduits via la procédure d'attestation (un levier d'économie pouvant atteindre 22 000 € par GWh), et l'adaptation de la stratégie d'achat d'énergie au nouveau paradigme post-ARENH.

GridLabs accompagne les professionnels dans la compréhension de ces mécanismes complexes grâce à des guides, comparatifs et conseils transparents. Pour choisir le contrat d'électricité adapté à votre profil et intégrer l'impact de la TICFE dans votre comparaison d'offres, consultez notre guide du contrat d'électricité entreprise. Pour décrypter chaque ligne de votre facture professionnelle, rendez-vous sur notre guide de la facture d'électricité professionnelle.

Références

  1. CRE, Accès régulé à l'électricité nucléaire historique (ARENH)
  2. BOFiP ACTU-2024-00261, Modalités d'application des tarifs réduits d'accise sur l'électricité
  3. impots.gouv.fr, Accises sur les énergies, Fournisseurs d'énergie
  4. douane.gouv.fr, Attester de votre éligibilité à des exemptions, exonérations ou taux réduit en matière de TICFE
  5. EDF Entreprises, De l'ARENH au Versement Nucléaire Universel
  6. EDF Collectivités, Taxes et contributions appliquées sur l'électricité, évolutions au 1er février 2026
  7. ENGIE Entreprises et Collectivités, TICFE / accise sur l'électricité : le point sur la taxe en 2026
  8. Selectra Entreprises, CSPE : montant, taux réduit et exonération
  9. Opéra Énergie, CSPE : définition, montant en 2026 et remboursement
  10. Opéra Énergie, Exonération de l'accise sur l'électricité : guide complet
  11. Sénat, Mission d'information sur l'ARENH
  12. Réseau CLER, Fin de l'ARENH : ce que change le Versement nucléaire universel
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